« Explora Jeunes » (liens jeunes-entreprises) : un compte rendu (très) partiel

« Explora Jeunes » (liens jeunes-entreprises) : un compte rendu (très) partiel

J’avais déjà évoqué précédemment l’initiative « Explora Jeunes » pour favoriser le rapprochement entre les jeunes et les entreprises sur le territoire de Saint-Ouen. Ayant notamment participé à la table-ronde conclusive de cette semaine, je voudrais en faire un (très succinct) compte-rendu.

Petit bilan quantitatif tout d’abord :

  • 1200 jeunes inscrits (sur environ 5 000 jeunes de 16-25 ans résidant à Saint-Ouen)
  • 90 entreprises impliquées
  • 120 entretiens/rencontres entre jeunes et entreprise le mercredi (pour obtenir stages, des contrats d’apprentissage, des CDD ou des CDI)
  • une cinquantaine d’ateliers où les entreprises de tout secteur d’activité présentent leur lieu de travail, leurs métiers, leur organisation.


Notons cependant une participation variable des jeunes aux différents ateliers : énormément de monde pour les séminaires banques, comptabilité, ou cosmétique (L’Oréal), beaucoup moins pour l’hôtellerie-restauration (3 personnes pour l’atelier au quel j’ai assisté), les métiers du verre industriel (atelier finalement supprimé car seule 1 personne était présente), les métiers du transport (8 personnes pour l’atelier au quel j’ai assisté). La hiérarchie des secteurs d’activité et des métiers demeurent très forte, y compris pour des populations de jeunes qui sont davantage inscrits dans des filières professionnelles ou qui sont issues de milieux sociaux moins favorisés. La crise d’attractivité des « métiers en tension » est donc toujours (de plus en plus ?) sensible.

Je voudrais ensuite et surtout évoquer la table-ronde à laquelle j’ai participé. Intitulée « Jeunes – entreprises : comment mieux se connaître », elle conviait (outre moi-même) :

  • Jacqueline Rouillon, maire de Saint-Ouen, conseillère générale
  • Hakim Hallouch, conseiller municipal de Saint-Ouen, délégué à la Réussite de la jeunesse
  • Aïcha Amghar, proviseur du lycée Auguste-Blanqui à Saint-Ouen
  • Jacques Lévy, proviseur du lycée Marcel-Cachin à Saint-Ouen
  • Michel Forget, directeur du Site et de la Diversité / L’Oréal Grand Public à Saint-Ouen
  • Saïd Hammouche, fondateur et directeur général de Mozaik RH


Cet après-midi était animé par Nordine Nabili, journaliste directeur de l’antenne de Bondy de l’École supérieure de journalisme de Lille et ex-rédacteur en chef du Bondy Blog.

Je ne vais pas m’appesantir ici sur les présentations des intervenants mais plutôt sur les interventions des jeunes présents dans la salle. Voici en vrac quelques commentaires :

- Une élève de 1e STG au lycée Auguste Blanqui qui exprime son inquiétude par rapport au chômage : on voit que les gens n’ont pas de travail, même quand ils ont des diplômes
- [M. Nabili, journaliste-animateur] : mais vous êtes vraiment focalisée sur ces questions d’emploi, vous n’avez pas envie, je ne sais pas moi, d’aller en Inde ou en Chine ?
- pour quoi faire ?!

- Un jeune en 1e STG : pour de vrai, moi je me laisse orienter… On est plus poussé vers le travail par les parents que par envie.

- [M. Nabili) : pour vous qu'est-ce que c'est qu'un bon travail ?
- [Un jeune homme] : un travail dans un bureau
[La salle (surtout les adultes dans la salle) rit]
- ah bon, c’est comme ça que vous envisagez un bon travail ?!
- [La jeune fille de 1e STG] : moi ma mère me dit toujours ‘‘avoir un bon boulot c’être derrière un bureau et se faire servir le café’’. Moi c’est sûr je ne servirai jamais le café !
- [Un autre jeune dans la salle] : on serait fier de travailler chez L’Oréal, plus que chez McDo ! C’est vrai que le statut social a un rôle très important pour nous.

Ces quelques réactions ne sont évidemment pas « représentatifs » de l’attitude des jeunes vis-à-vis du travail. Néanmoins elles expriment des traits bien mis en évidence par différentes enquêtes :

  • ils ne vivent pas cette période de leur vie comme un temps de l’insouciance (comme c’était le plus souvent le cas de 2-3 générations antérieures), mais, le plus souvent, comme un temps d’inquiétudes.
  • l’orientation scolaire (et donc inévitablement professionnelle) se fait par défaut pour une grande partie des jeunes. Mal informé par le système éducatif, disposant de peu d’informations par leur famille (capital social limité), ils confient, sans en être réellement conscients, aux enseignants le soin de décider de ce qu’ils peuvent faire. C’est ainsi que le classement scolaire détermine peu à peu la position sociale des individus.
  • saturé de discours et d’images sur le chômage, ils sont, tôt, préoccupés par leur insertion professionnelle. Avoir un travail est l’objectif majeur pour « ne pas être dépendant de ses parents » (une jeune fille d’une vingtaine d’années) ; la mobilité, les voyages, qui, dit-on, « forment la jeunesse », ne sont même pas envisagés.
  • ils expriment une demande très forte de statut social. Le travail est précisément le moyen d’avoir une place et un rôle bien défini et reconnu par la société.
  • ils nous rappellent utilement que la conception actuellement dominante du travail comme « expérience d’accomplissement de soi » est une vision socialement marquée. Elle concerne avant tout les jeunes de milieux favorisés. Si les jeunes d’origine plutôt populaire présents à Saint-Ouen espèrent aussi, bien entendu, faire un travail qui leur plaît, ils ne mettent pas spontanément cette dimension au premier plan. Le travail est avant tout un élément statutaire qui permet une indépendance matérielle.
  • ils ont une vision encore très traditionnelle de l’organisation du travail et des métiers : position de subordination entre ceux qui ont un « bon travail » (qui se font servir) et les autres (qui servent).

 

Cette semaine « Explora Jeunes » me semble particulièrement utiles tant il est vrai que les entreprises avouent ne plus comprendre les jeunes qu’elles accueillent. La municipalité s’est d’ores et déjà engagée à reconduire cet événement l’an prochain. Elle va par ailleurs développé deux autres projets : un « passeport solidaire réussite » ; un programme d’actions auprès des collégiens de 3e pour mieux les accueillir, les conseiller et les orienter dans leur parcours scolaire et professionnel.

Espérons que Saint-Ouen parviendra à capitaliser ces expériences, ces témoignages et ces projets pour que puisse se développer, sur le long terme, une véritable politique de jeunesse.

RW

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