Enquête de l’Ob-jet dans un lycée de banlieue : l’implication des élèves

Enquête de l’Ob-jet dans un lycée de banlieue : l’implication des élèves

Comme je l’ai annoncé il y a quelques semaines, je dirige actuellement une enquête auprès d’élèves d’un lycée de banlieue parisienne (comprenant les 3 filières : générale, technologique, professionnelle ; de la Seconde au BTS). Je voudrais dès à présent livrer quelques éléments qui me paraissent intéressants.

Avant même d’entrer dans le détail des résultats, il faut, lorsque l’on mène une telle enquête quantitative, se poser la question de l’implication des enquêtés. C’est tout particulièrement le cas lorsque (1) on interroge des jeunes, et (2) on les interroge via Internet (et non pas téléphone ou en face-à-face) leur laissant ainsi toute latitude pour trouver les réponses les plus aberrantes ou loufoques…

Sur cette enquête, puis-je considérer que mes enquêtés ont « joué le jeu » ? Quelle attitude affichent-ils vis-à-vis d’un « sociologue » qui débarquent dans leur lycée et implique leurs enseignants dans un projet d’enquête ? Est-il seulement pertinent, ou même faisable, d’organiser une telle enquête ?

Quel premier bilan ?

Sur 1 060 élèves, 821 (soit 77,4 %) ont participé à cette enquête (*). C’est un taux de participation exceptionnel, rendu possible par l’implication directe des enseignants (*). Cela témoigne tout d’abord d’une très bonne entente entre ces derniers et leurs élèves. Mais cela témoigne également d’un intérêt, ou du moins d’une curiosité, pour cette enquête. Les lycéens ne sont pas mécontents de pouvoir donner leur avis et ont suffisamment confiance dans l’utilisation qui sera faite de leurs réponses (même si beaucoup ne voient pas bien à quoi sert ce type d’étude…).

Deuxième élément : sur les 821 questionnaires remplis, seuls 59 sont incomplets ou aberrants (soit 7,2 %) (**). Malgré un questionnaire long (une cinquantaine de questions, soit près de ¾ d’heure), la quasi-totalité des élèves ont donc répondu.

La population statistique retenue est donc finalement composé de 762 personnes :

  • 599 garçons (soit 78,6 %) et 163 filles
  • 279 personnes (soit 36,6 %) du lycée général (filières ES et S), dont :
  1. 168 en Seconde
  1. 164 en 1e
  1. 124 en Terminale
  • 177 personnes (soit 23,2 %) du lycée technologique (filière STI), dont :
  1. 104 en 1e
  1. 73 en Terminale
  • 268 personnes (35,2 %) du lycée professionnel, dont :
  1. 94 en Seconde
  1. 67 en 1e
  1. 107 en Terminale
  • 38 personnes (5 %) en BTS

 

Dernier élément permettant d’apprécier l’implication dans ce type d’enquête : j’ai demandé, à la toute fin du questionnaire, s’ils accepteraient de participer de nouveau à l’avenir à des études similaires (et, le cas échéant, de me laisser leurs coordonnées : nom, prénom, téléphone et/ou email). Cette question permet d’évaluer l’importance accordée par les élèves à cette enquête (ils y passent du temps, n’en retirent aucun bénéfices matériels, et donc devraient logiquement refuser d’envisager une autre étude si celle-ci les avait peu/pas intéressée).

Bilan :

427 enquêtés sur 762, soit 56 %, ont accepté. Mais sur ces 427 personnes, 124 n’ont laissé aucun moyen de les joindre ! Les enseignants m’ont ensuite expliqué que les élèves pensaient que je pourrais les retrouver facilement dans les classes… sans se souvenir que les questionnaires étaient anonymes.

  • Les filles sont davantage impliquées : 64,4 % sont d'accord contre 53,7 % des garçons.
  • Les filières générale et technologique sont plus motivées : 61,4 % contre 46,6 % pour le lycée professionnel.
  • Plus précisément la filière « ES » (économie et sociale) est logiquement la plus intéressée : 85,1 % acceptent contre 53,1 % pour les "S" et 63,8 % pour les STI.
  • Il n’y a pas de corrélation particulière entre le fait de se sentir plus ou moins bien informé quant à l’orientation scolaire/professionnelle et le fait de vouloir participer à d'autres études. L’enquête ne semble pas perçue comme un moyen d’éclairer leurs propres projets (professionnels ou d’orientation).

En définitive la participation fut massive et témoigne un véritable intérêt. Beaucoup, dans leur commentaire global, demandent s’ils pourront être informés des résultats et, plus fondamentalement, demandent à quoi sert une telle étude. Je vais désormais analyser en détail leurs réponses pour pouvoir les éclairer !

RW

(*) Je rappelle en deux mots le dispositif d’enquête. Pour chaque classe, un enseignant a accepté

  • d’informer ses élèves de l’objectif et du déroulé de l’enquête
  • de faire signer une autorisation parentale (sauf pour les BTS qui étaient tous majeurs)
  • d’emmener ses élèves en demi-groupe (car il n’y avait pas assez de postes informatiques pour les faire passer en classe entière…) pour faire passer individuellement le questionnaire.

(**) Pour les 18 % restants, ce sont soit les parents d’élèves (dont l’autorisation était demandée) soit les élèves eux-mêmes qui ont refusé, ou encore des élèves absents le jour où ils devaient passer le questionnaire.

(***) « Incomplets » lorsque toutes les questions n’ont pas été traitées. « Aberrants » lorsqu’au moins deux questions ont occasionnés des réponses étranges. La plupart des questions étaient « fermées », c’est-à-dire ne permettaient pas à l’enquêté de répondre de façon libre, les modalités de réponse étaient imposées. Seules quelques questions – « premier salaire » ; la date de naissance ; le nombre de frères et sœurs ; la profession qu’ils aimeraient exercer ; un commentaire libre de remarques sur le questionnaire). En cas de doute sur la fiabilité d’un questionnaire, j’ai préféré l’écarter.

Les mots du débat :

Commentaires

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