La santé des jeunes en insertion professionnelle

La santé des jeunes en insertion professionnelle

Si les définitions théoriques divergent, les réalités sociales concernant la jeunesse sont admises de tous. Les jeunes sont particulièrement menacés par un certain nombre de dangers exposant leur santé à tous les maux. C’est ce qu’ont étudié certains de mes étudiants de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) de Rennes. Je reprends ici des extraits de leur synthèse (accessible ici) (1).

Les jeunes sont, par essence, en construction, et dépendants de leur univers familial. Les violences familiales, les abandons parentaux et les situations de rupture ont donc pour effet de les déstructurer psychiquement. Les jeunes sont, par ailleurs, influençables et sont de ce fait les premières victimes du dogmatisme social et religieux. Le culte contemporain de la minceur engage bien des jeunes filles sur la voie de l’anorexie mentale. Les jeunes sont, enfin, insouciants par nature, ce qui les amène à adopter parfois des conduites à risques, en matière d’addiction ou en matière sexuelle.

Or, comme dans un jeu de vases communicants, les problèmes de santé des jeunes se doublent bien souvent de difficultés professionnelles. Le taux de chômage des 16-25 ans en général est déjà élevé puisqu’il atteint 23, 5%, il est encore plus marqué chez ceux qui rencontrent un problème de santé. Comme l’a mis en évidence le rapport d’étude de décembre 2005 du CETAF (Centre Technique d’Appui et de Formation des centres d’examens de santé), l’alcool, le handicap, la toxicomanie, le diabète ou encore le VIH, sont des problèmes d’une plus grande prévalence chez les jeunes en difficulté professionnelle, enfermant ces derniers dans un véritable cercle vicieux. Dans un pays où, comme l’a écrit Philippe d’Iribarne dans L’étrangeté française , le diplôme est un sésame indispensable à toute carrière professionnelle, les jeunes qui n’en ont pas voient leur avenir professionnel marqué par l’échec, la disparition de l’estime de soi et le sentiment de déclassement.

Si la place du jeune est centrale, le rôle des structures d’accueil ne l’est pas moins. Celles-ci sont nombreuses et prennent en charge des publics aux profils variés (enfants avec l’ASE ou IME), adolescents (Maison des Adolescents) ou jeunes majeurs (CRIJ). Leur champ de compétence peut être sanitaire (service hospitalier de psychopathologie), médico-social (ESAT, c’est à dire Etablissement et service d’aide par le travail) et/ou social (FJT). Elles sont de nature juridique diverses, certaines relevant du droit public, d’autres du droit privé. Elles interviennent en milieu ouvert (PAEJ, soit Point d’Accueil Ecoute Jeune, Mission locale), ou en milieu fermé (foyers de mères adolescentes). Si elles émanent essentiellement du monde associatif comme l’association AIDES, toutes ne proviennent pas de cet horizon, les CMP (Centres Médico-Psychologiques) sont des établissements publics.

Quels sont les dispositifs de prise en charge des jeunes connaissant des difficultés de santé et professionnelle ? La multiplication des structures ne présente-t-elle pas le risque de l’éparpillement des forces ?

Le législateur semble, à première vue, avoir pris la mesure de la problématique relative à la santé des jeunes et à leur avenir professionnel. Le Parlement a voté plusieurs lois en la matière comme celle du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté. De surcroît, le gouvernement actuel semble attentif à la jeunesse puisqu’il a nommé en la personne de Martin Hirsch, un haut commissaire aux solidarités actives et à la jeunesse, ce dernier ayant rendu un « Livre vert » en juillet dernier destiné à améliorer l’insertion des jeunes dans la vie active. Néanmoins, la politique de la jeunesse peut, au final, ne sembler qu’une chimère. Elle se caractérise par un émiettement des dispositifs entre ministères, une disparité entre territoires liée aux volontés politiques des collectivités territoriales, une multiplication des structures et une obsession du projet, qui désavantagent parfois les jeunes concernés.

Actuellement, il n’existe pas à proprement parler de politique de santé qui vise spécifiquement la jeunesse en difficulté sociale et/ou professionnelle. La prise en charge des problématiques relatives aux jeunes dépend essentiellement des politiques menées au niveau territorial selon la sensibilité des acteurs locaux. Force est de constater qu’aucune politique globale n’est formalisée au niveau national. A l’inverse de certaines catégories, telles celles des personnes handicapées ou âgées, cette population ne fait pas l’objet de législation ou de réglementation.

De même, il n’existe pas d’institution nationale dédiée au pilotage d’une politique spécifiquement adressée aux jeunes. Par exemple, malgré la mise en place des Missions Locales créées à la suite du rapport Schwartz en 1981 ou la création de Maisons Départementales de l’Adolescent préconisée par la Défenseur des Enfants et soutenue par le Président de la République en 2004, l’Etat ne s’inscrit pas dans une réflexion globale prenant en compte l’ensemble des problématiques qu’ils peuvent rencontrer. On peut notamment déplorer l’inexistence d’une direction ministérielle consacrée spécifiquement à la jeunesse. Par ailleurs, l’absence d’objet politique propre se traduit par le manque d’outils partagés et de culture commune entre les différents acteurs sociaux, médicosociaux, sanitaires et politiques.

La mise en place d’actions d’orientation et d’encadrement de la part des institutions de tutelle s’opère via des instruments de contractualisation et d’habilitation. Mais l’Etat ne semble pas réellement se saisir de la problématique des jeunes. Bernard Bier décrit une « une reconfiguration assez inédite », en précisant que « certaines collectivités territoriales prennent en compte la question de la jeunesse dans sa totalité alors que l’Etat se recentre uniquement sur les dispositifs de cohésion sociale, et certaines tranches d’âge. » Dans ces conditions, nul ne s’étonnera que la prise en charge soit caractérisée actuellement principalement par son caractère émietté et disparate.

La lecture du Livre Vert montre que ce dernier n’échappe qu’à moitié à la règle. Ses diverses propositions sont organisées selon les domaines habituels : éducation, logement, entreprise, etc. Cependant, la proposition d’action n°16 indique explicitement qu’il faut « refonder les mesures existantes et créer une mesure de protection, dont le pilotage pourrait être assuré par le Conseil Général. […] Cette mesure serait accessible à tous les jeunes sans ressource et sans soutien familial, qu’ils aient ou non fait l’objet d’une mesure éducative ou de protection judiciaire ou administrative pendant leur minorité. ». Cette idée apparaît clairement novatrice. Elle s’inscrit dans le quatrième point « Ne laisser aucun jeune à l’abandon », et témoigne d’une volonté de prendre en charge les problèmes des jeunes en insertion dans leur totalité. Ceux-ci sont actuellement traités par les initiatives de multiples acteurs et partenaires, entraînant un foisonnement institutionnel. Cette richesse, qui découle directement de l’effacement de l’échelon étatique, comporte néanmoins des défauts et des risques :

  • accueil insuffisant (manque de financements),
  • rupture ou non prise en charge (problèmes des critères d’admission ou de l’incapacité à détecter certains profils),
  • difficultés dans le travail en réseau


Dès lors, le risque est grand de perdre de vue la finalité de l’action : donner au jeune une capacité d’autonomie, le responsabiliser, plutôt que de le noyer dans un ensemble de dispositifs dans lequel il lui est impossible de se repérer.

Patrica Loncle

(1) synthèse effectuée en janvier 2010 par des élèves de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) de Rennes – étudiants du Master 2 PASP (Pilotage des politiques et Actions en Santé Publique) et élèves-fonctionnaires IASS (Inspecteurs de l’Action Sanitaire et Sociale) – sur le thème de la santé des jeunes en insertion professionnelle, sous la direction de Patricia LONCLE et Eric LE GRAND.

Commentaires

Ces ceux talentueux. J'espère que je ne les aime avoir des cerveaux, mais de ne pas intelligent comme ils sont parce que c'est effrayant.

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Merci pour ce partage. Une synthèse qui donne envie de le lire…

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