Les entreprises ont un réel rôle à jouer dans l’insertion professionnelle des jeunes. Mais lequel ?

Les entreprises ont un réel rôle à jouer dans l’insertion professionnelle des jeunes. Mais lequel

Dans le cadre du "Plan Banlieue" de Fadela Amara, un "Conseil National des Entreprises pour la Banlieue" (CNEB) a été créé. Ce conseil est consécutif aux préconisations du rapport remis, en octobre dernier, par Abdel Aissou (DG délégué du Groupe Randstad) au secrétariat d'Etat chargé de la politique de la ville.

L'objectif du CNEB est "d’agir pour lever les freins à l’emploi des jeunes des ZUS". C’est urgent en effet. Une étude de la Dares indique que « si les jeunes de ZUS bénéficient d’un suivi plus intensif, ils accèdent moins souvent à l’emploi que les jeunes ne résidant pas en ZUS : 23 % des jeunes de ZUS reçus pour la première fois en entretien individuel en 2007 ont accédé à au moins un emploi dans les six mois, contre 29 % des autres jeunes » (Lionel Bonnevialle, "Les jeunes de ZUS accompagnés par les missions locales en 2007", Dares, Premières Synthèses Informations, n° 17.1, avril 2009)

Le compte-rendu de ce conseil du 21 janvier permet d'en savoir plus sur les orientations et actions concrètes qui sont amorcées.

La démarche globale est louable et pertinente : mettre en œuvre un partenariat public-privé entre les entreprises, les universités, les collectivités locales et le service public de l’emploi. Le chantier de l’emploi et de l’insertion professionnelle (en particulier dans les quartiers dits « sensibles ») se heurte en effet depuis des années à deux difficultés majeures : un manque de coordination entre les multiples acteurs qui interviennent sur ce champ ; un faible investissement des entreprises (jusqu’à présent celles-ci ont surtout profité des contrats aidés pour bénéficier d’une main d’œuvre peu chère…).

Mais que souhaitent réellement faire les entreprises qui s’impliquent dans ce projet ?

S’il s’agit de (re)dorer leur image « sociale » ou de se faire un coup de pub à bon compte, les résultats seront rapidement décevants, anecdotiques voire contreproductifs.

Les entreprises doivent montrer que leur engagement est sincère parce qu’il s’inscrit dans leur propre projet de développement, parce qu’elles y trouvent un intérêt concret (autre que promotionnel). Pour cela, il leur faut en premier lieu se défaire de l’idée que s’occuper d’insertion est une forme de mécénat, une bonne œuvre que l’on exerce au titre de la « responsabilité sociale de l’entreprise » ou au titre d’un humanisme pour des jeunes issus de « quartiers difficiles ». L’insertion par l’économique est une question centrale pour les entreprises non seulement parce que le débat public (et les élus) l’impose de plus en plus fortement, mais surtout parce qu’il s’agit d’un levier de changement et d’innovation essentiel pour l’entreprise. Ce ne devrait donc pas être une mission confiée à une fondation (1), toujours à la marge des stratégies de l’entreprise, mais bien d’un véritable engagement de direction générale. Et si tel est le cas, il faudrait alors que celles-ci disent quelles richesses (diversité, dynamisme, ingéniosité, capacité d’adaptation…) elles pensent trouver dans ces ZUS. Et surtout comment elles prévoient de les exploiter, de les développer et de les valoriser.

Pour l’heure plusieurs programmes d’action ont été annoncés :

  • Création de parcours de formation qualifiantes et diplômantes en alternance dans les métiers et les secteurs qui recrutent (projet avec l'université de Picardie)
  • Mise en œuvre du programme Banlieue 2.0 pour lutter contre la fracture numérique (projet avec le pôle de compétitivité Cap Digital, la Délégation aux usages à l’Internet et la Caisse des dépôts et consignations)
  • Programme des cadets de l’entreprise : accompagner 1 000 jeunes sur 2 ans vers la création de leur entreprise (projet avec le réseau "croissance plus")
  • Promotion de la clause d’insertion ANRU comme levier d’une politique de formation en alternance pour sécuriser les parcours des bénéficiaires de la clause (projet avec le groupe EIFFAGE)
  • Insertion des jeunes (via des stages) en contrat d’autonomie (projet avec McDonalds)
  • Signature d’une convention de partenariat avec le réseau FACE : accompagner 10 000 jeunes sur 2 ans vers l’emploi ou la formation sur les territoires où FACE est implanté (3 500 entreprises sont adhérentes).

Outre la disparité (et le caractère flou) des projets, il faudrait que les acteurs privés soient, là encore, plus explicites dans leur engagement. Comme le souligne très justement Michel Abhervé, un projet comme celui proposé par McDonalds reste pour le moins limité : des stages pour faire quoi ? A quelles fins ? Avec quelle contrepartie financière (rappelons que dans les pays nordiques les « stages » n’existent pas, si on est dans l’entreprise on y est pleinement, avec une réelle rémunération, une vraie position sociale et symbolique, etc.) ? Avec quel accompagnement du jeune pour qu’il développe son projet professionnel ?

Le CNEB se met en place, laissons-lui le temps de s’organiser. Mais les entreprises, qui sont à juste titre les pierres angulaires du dispositif, devront rapidement montrer comment elles vont, dans le cadre de leur propre stratégie de développement, s’appuyer et valoriser les compétences de ces jeunes de ZUS.

Et, pour cela, elles devraient mettre en œuvre un dispositif d’évaluation/accompagnement de leurs projets afin que ces expérimentations deviennent de véritables leviers de changement internes. C’est à mon sens la condition sine qua non de leur succès.

RW

(1) Une initiative comme l’Ecole de la citoyenneté lancée par la Fondation Dexia (en partenariat avec des missions locales) me semble emblématique d’une démarche certes intéressante mais toujours à la marge de l’activité et des enjeux réels des entreprises comme des jeunes.

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Commentaires

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